Moteur ! L’observatoire Vera C. Rubin démarre le plus grand film cosmique jamais réalisé
Le relevé LSST (Legacy Survey of Space and Time), d’une durée de dix ans, a officiellement démarré lundi 29 juin 2026, marquant le début d’une nouvelle ère en astronomie et en astrophysique à laquelle les scientifiques du LAPP contribuent.
Observer le ciel visible pendant 10 ans
Après des mois de réglages ultrafins de sa caméra astronomique géante et de l’ensemble de ses organes, l’observatoire Vera C. Rubin a donné le top départ de son initiative phare, le « Legacy Survey of Space and Time » (LSST). Ce programme d’une durée de dix ans vise à réaliser le relevé astronomique le plus ambitieux jamais entrepris. Nuit après nuit, l’observatoire balaiera sans relâche le ciel visible depuis l’hémisphère sud, revenant sur chaque région tous les trois jours environ pour en prendre une nouvelle photographie à très haute définition. En répétant cette opération pendant dix ans, il constituera peu à peu un véritable film de tout ce qui change ou bouge dans cette partie de l’Univers, mais fournira aussi une vue très profonde, formée par l’addition des images individuelles, qui mettra en lumière les grandes structures cosmologiques. Ce démarrage couronne 25 ans d’études et de construction menées par une collaboration internationale, à laquelle contribuent plusieurs équipes du CNRS.
Cette étape tant attendue est l’aboutissement d’années d’efforts menés par des milliers de personnes à travers le monde. Elle fait suite à l’événement « Rubin First Look » célébrant les premières lumières de l’observatoire qui s’est déroulé en juin 2025, suivi des derniers travaux de mise en service, d’un examen de l’état opérationnel du télescope et du lancement du flux d’alertes.
La plus grande caméra du monde
La conception de l’observatoire Rubin allie une puissance de collecte de lumière exceptionnelle, la capacité de parcourir rapidement le ciel nocturne et un large champ de vision. Sa caméra de 3 200 mégapixels — la plus grande caméra numérique au monde — capture désormais une nouvelle image détaillée toutes les 40 secondes environ. Grâce à cette cadence et à cette sensibilité, Rubin se comporte comme un système unifié et parfaitement calibré, capable de détecter chaque nuit, avec une fiabilité et une cohérence remarquables, des objets peu lumineux et des phénomènes fugaces.
L’observatoire Vera C. Rubin va mettre en lumière une grande diversité de phénomènes cosmiques : des étoiles variables, des explosions de supernovæ, les traces fossiles des galaxies, mais recherchera aussi des indices sur les mystères de l’énergie noire et de la matière noire. Par ailleurs, il pourrait permettre de découvrir des phénomènes nouveaux que nous n’avons jamais observés auparavant. Certains évènements cosmiques se déroulent lentement, de manière imprévisible ou avec une fréquence incroyablement faible ; c’est pourquoi une campagne d’observation de dix ans est indispensable.
Au LAPP, une expertise essentielle en instrumentation et en analyse de données
Depuis Annecy, les équipes du LAPP jouent un rôle important dans les tests et l’optimisation du télescope et de la lecture des capteurs de la caméra LSST. Leur objectif est d’amener ceux-ci au niveau de précision requis pour mener les analyses scientifiques les plus pointues.
Apportant son expertise en informatique, le LAPP est l’un des laboratoires impliqués dans le traitement et l’analyse de l’énorme flot de données issu de la caméra LSST. Ce traitement permettra de cataloguer des dizaines de milliards d’étoiles et de galaxies afin qu’elles soient étudiées par les scientifiques.
Les scientifiques du LAPP s’intéressent particulièrement à la mesure des paramètres cosmologiques à partir du comptage des amas de galaxies en fonction de leur masse et de leur décalage vers le rouge (redshift).
Percer les mystères de l’Univers
En revenant sur chaque point du ciel environ 800 fois en une décennie, les données de l’observatoire Vera C. Rubin fourniront donc à la communauté scientifique des observations profondes et riches en données temporelles, indispensables pour mettre au jour des événements subtils, capturer des objets en mouvement et étudier l’expansion accélérée de l’Univers.
Non seulement Rubin contribue à percer les mystères de l’Univers lointain, mais c’est aussi l’observatoire le plus performant jamais construit pour l’étude de notre système solaire. En prenant environ un millier d’images chaque nuit, Rubin dresse un inventaire détaillé du système solaire, comprenant des millions d’astéroïdes et de comètes. En à peine un mois et demi, lors des premières campagnes d’optimisation, Rubin a découvert plus de 11 000 astéroïdes jamais observés auparavant, dont 33 objets géocroiseurs et 380 objets transneptuniens.
Rubin ouvrira également de nouvelles perspectives pour l’astronomie multimessager, qui consiste à étudier les événements cosmiques à l’aide de signaux multiples tels que la lumière, les ondes gravitationnelles ou encore les rayons cosmiques. Les observations rapides et riches en couleurs réalisées par l’observatoire sur des phénomènes transitoires tels que les explosions stellaires, les trous noirs en pleine activité (en train d’absorber de la matière) et les collisions entre objets compacts, permettront aux télescopes du monde entier de repointer pour suivre ces événements éphémères.
Chaque nuit, Rubin collecte environ dix téraoctets de données et génère jusqu’à sept millions d’alertes signalant des changements dans le ciel nocturne. Ces alertes sont transmises à des alert brokers (« courtiers d’alertes »), des systèmes automatisés qui trient et classent ces changements afin que les scientifiques puissent agir rapidement.
Une fois le relevé LSST achevé, l’ensemble de données final contiendra des milliards d’objets et des milliers de milliards de mesures, tous accessibles via des publications régulières des données. C’est la première fois qu’une telle quantité de données astronomiques sera mise à la disposition d’un si large public, ouvrant la voie à de nouveaux types de découvertes tant pour les scientifiques que pour le grand public. Rubin invite toute personne dans le monde à exploiter ses données et à explorer l’Univers dynamique d’une manière révolutionnaire.
Le projet LSST
Le projet LSST est porté par le Département de l’énergie américain (DOE) et la Fondation nationale pour la science (NSF) américaine. Le Laboratoire national de l’accélérateur SLAC National Accelerator Laboratory est responsable de la construction de la caméra de l’observatoire. Partenaire historique du CNRS, SLAC a fait appel aux scientifiques de l’organisme afin de participer à l’élaboration du plan focal de la caméra ainsi qu’à la conception et à la construction de son changeur de filtres robotisé. Ce dernier permet de changer automatiquement 5 à 15 fois par nuit les filtres de couleurs dont est dotée la caméra, pesant entre 24 et 38 kg chacun. En mesurant la quantité de lumière que les objets célestes émettent et en confrontant les images prises à travers les différents filtres, il est possible de déterminer avec précision leurs propriétés physiques, comme leur nature, leur température ou leur distance.
Les laboratoires du CNRS exploiteront les données du relevé LSST pour mener des analyses cosmologiques sur l’énergie et la matière noire, mais aussi des études sur la formation des galaxies, la voie lactée et les petits corps du système solaires tels que les astéroïdes.
Le Centre de calcul de l’IN2P3 / CNRS reçoit et stocke quotidiennement l’ensemble des images enregistrées par la caméra de l’observatoire Rubin et apporte ses compétences et son infrastructure informatique afin de traiter localement 40% des images. Un catalogue recensant les propriétés physiques de quelque 17 milliards d’étoiles et 20 milliards de galaxies extraites de ces images par des algorithmes sophistiqués sera progressivement constitué, représentant le catalogue d’objets célestes le plus complet jamais réalisé.
Pour en savoir plus :
- Site de l’Observatoire Vera C. Rubin : https://rubinobservatory.org/
- Communiqué CNRS Nucléaire & Particules : https://www.in2p3.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/moteur-lobservatoire-vera-c-rubin-demarre-le-plus-grand-film-cosmique-jamais-realise
- Communiqué de Noirlab ( en anglais) : https://noirlab.edu/public/news/noirlab2616/
- Le groupe LSST au LAPP : https://www.lapp.in2p3.fr/recherche/vera-c-rubin-observatory
- Image de couverture : Sur cette photo prise en février 2026, l’Observatoire Rubin (NSF–DOE) observe le ciel nocturne chilien au-dessus de Cerro Pachón, sous la vue éblouissante de notre galaxie, la Voie lactée, et de ses plus grandes galaxies voisines, les Nuages de Magellan. Crédit : NSF–DOE Rubin Observatory/NOIRLab/SLAC/AURA/P. Lago

